Publié par : toniolito | 3 juillet 2010

La Terrifiante Loi du Teuton

Il est 16h03 quand une salve d’explosions matinée de grognements de vuvuzelas rugit dans le ciel berlinois. Thomas Müller vient de marquer le premier but allemand et je suis en train de suer dans mon lit, en pleine guerre contre la fonction rappel de mon réveil. Je savais bien qu’aller se coucher à midi après une longue nuit de fête était une mauvaise idée avec ce match quatre heures après. C’est l’événement de la semaine, six jours après la rouste infligée aux anglais et la foire monumentale qui a suivi, et je suis en train de le rater, bien que j’aie promis cette nuit à Anna de supporter l’Allemagne, incapable de m’opposer plus longtemps à ce qui ressemblait de plus en plus à un ordre, exprimé avec son fort accent allemand dans un français éméché mais parfait.

Gary Lineker : « Football is a simple game: 22 men chase a ball for 90 minutes and at the end, the Germans always win »

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Après cinq minutes de vélo dans des rues absolument désertes, je suis assis devant un écran géant installé sur le trottoir devant un épicier turc de Neuköln en compagnie d’une grosse centaine de supporters. Il y a là tout le voisinage : petits vieux en pantalon survet’ et marcel blanc, adolescents turcs armés de pétards très bruyants et de pistolets chargés de balles à blanc, mères de famille aux épaules cramées par ce soleil brûlant qui sévit brutalement de 4h à 22h, jeunes gens à l’arrache aux yeux cernés par la fête de la veille et même deux argentines en débardeur bleu et blanc qui s’agitent bruyamment dès que Messi touche le ballon. Il fait 35° à l’ombre et tout ce beau monde s’hydrate avec un florilège de boissons dont la diversité détonne avec les mètres cubes de pils standard qui submergent les écrans géants à la porte de Brandebourg où les berlinois se réunissent par centaines de milliers pour voir jouer la Mannschaft.

Avec son 4è but du mondial, Thomas Müller plombe l'Argentine au bout de 3 minutes

Avec son 4è but du mondial, Thomas Müller plombe l'Argentine au bout de 3 minutes

Sur l’écran, les petits bonshommes s’agitent et le score est déjà de 1  but à 0 pour l’Allemagne après un coup franc repris de la tête par Thomas Müller pour son quatrième but du mondial, dès la troisième minute. Comme contre l’Angleterre, l’Allemagne a marqué la première. Mauvais présage quand on sait qu’en coupe du monde, l’Allemagne gagne 80% de ses matches quand elle ouvre le score. Comme contre l’Angleterre, l’Allemagne peut laisser le jeu à son adversaire obligé de courir après le score. Et comme contre l’Angleterre, l’Allemagne peut presser bas, misant sur la vitesse et  la technique d’Ozil, Müller et Schweinsteiger et l’efficacité de Klose et Podolski pour infliger des contres assassins. L’Argentine fait le jeu, domine largement en possession de balle mais s’enferre dans la défense teutonne, ses seules occasions étant des frappes lointaines de Di Maria ou Messi. Malgré quelques bonnes combinaisons, notamment sur le côté gauche, les attaquants albicelestes persistent dans leurs travers des matches précédents en s’entêtant à vouloir dribbler quatre joueurs avant de lever la tête. L’Allemagne, quant à elle, reste sereinement installée dans son plan de jeu et est à deux doigts de doubler son avance par Klose après un déboulé de Müller sur la droite.

Les allemands arrivent à la mi-temps dans la même configuration que contre l’Angleterre avec pour seule ombre au tableau la suspension de Müller en cas de qualification pour la demi finale. A la reprise, les argentins s’installent dans le camp allemand et tentent de se défaire du pressing par des combinaisons en triangle et des actions individuelles de ses attaquants si géniaux en club, parfois à la limite du pathétique dans cette coupe du monde, à l’image de Messi, dont l’individualisme forcené tranche avec l’altruisme dont il fait preuve à Barcelone. Le jeu argentin reste toutefois bien plus attirant que la rigueur tactique allemande et je me prends à les supporter pour de bon quand ils se mettent à faire peser un danger pendant quinze bonnes minutes sur la cage de Neuer. On sent les allemands tout proches de craquer et mes voisins multiplient les soupirs de soulagement et les applaudissements à leur gardien. Ça va venir, c’est sûr et ce sera bien mérité tant les argentins sont plus ambitieux et plus techniques. Mais ils manquent d’efficacité et n’ont pas hérité le génie tactique de leurs ancêtres italiens.

Miroslav Klose, 14 buts en Coupe du Monde, est à un but du record de Ronaldo

Miroslav Klose, 14 buts en Coupe du Monde, est à un but du record de Ronaldo

Alors ce qui devait arriver arriva. Suite à un ballon gagné et magnifiquement transmis à Podolski par un Müller au sol, Miroslav Klose, le Trezeguet local, rentre tranquillement dans le but avec le ballon. La foule explose, en l’espace d’une seconde les turcs sont dégainé leurs gros pistolets et vident des chargeurs dans le ciel, ma voisine souffle tout ce qu’elle peut dans son vuvuzela et les pétards claquent tout autour. Les tympans sifflent et l’histoire se répète. Contre les anglais, c’était marrant mais là c’est déprimant de voir Diego Maradona perdre espoir et ses troupes errer, regards hagards pour contempler Schweinsteiger et Ozil amuser toute la défense et donner les troisième et quatrième but à Friedrich et Klose, monstrueux de précision (52 buts en 100 sélections, 14 buts en coupe du monde). Encore une leçon du rouleau compresseur de monsieur Low, terrifiant d’efficacité.

La fête aux alentours de la porte de Brandebourg, où plus de 300 000 supporters se rassemblent pour voir les matches

La fête aux alentours de la porte de Brandebourg, où plus de 300 000 supporters se rassemblent pour voir les matches

Sur la touche, Ballack, les deux poings en l’air, exulte. Un peu plus loin, Diego retient ses larmes. Les rues si paisibles pendant le match s’apprêtent à se remplir de centaines de milliers d’allemands et d’allemandes de tous les âges vêtus des maillots de leur Mannschaft de 1990 à aujourd’hui. C’est reparti pour un nuit à klaxonner et souffler dans les vuvuzelas, déambulant dans les larges rues de la capitale dans des Mercedes pimpées en rouge, jaune et noir en criant « Deutschland, Deutschland! » et en chantant la chanson qu’Anna m’a traduite cette nuit. Ça donnait un truc du genre « on a gagné, on est CONTENT, on va être champions, en Afrique du Sud ! ».

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