Publié par : pique-assiette | 11 mai 2010

Ne jetez pas cet article, il peut sauver une vie !

Un billet d’humeur et d’humour noirs par l’ami Ciccio, rédacteur invité en tant que premier pique-assiette d’honneur à la table des copains, pas sectaires, amphitryons même !

« La publicité à la télévision, ça s’adresse UNIQUEMENT aux débiles mentaux »

Coluche commençait avec cette phrase son sketch sur la publicité. C’est une manière comme une autre de séparer rapidement et facilement son audience en deux: les débiles mentaux qui se laissent influencer par la publicité à la télévision d’un côté, et les gens intelligents, fins et cultivés de l’autre (dont je fais partie, puisque j’écris cet article, et dont vous faîtes partie, puisque vous le lisez).

T’as vu ma salopette mec ? C’est une Burberry !

Si j’ai toujours été d’accord avec lui, et que je continue à rire de sa satyre légendaire sur les pubs pour la lessive, je suis obligé de constater aujourd’hui que la publicité a évolué de manière extraordinaire, et que non seulement il ne suffit plus de ne pas être un débile mental pour s’en affranchir (la pub arrive à utiliser et à récupérer pratiquement tous les codes de toutes les tribus urbaines, et il m’arrive hélas bien trop souvent désormais de m’extasier sur une pub parce qu’elle utilise une de mes chansons préférées), mais surtout il est aujourd’hui impossible de s’y soustraire. Et j’en veux pour preuve deux exemples récents qui m’ont franchement écœuré, prouvant que les agences de « com » n’avaient pas fini de me dégoûter par leurs pratiques abjectes (pour re-citer Coluche : « Jusqu’où s’arrêteront-ils ? »).

La pub, c’est un métier, un beau métier même

Je les imagine bien, les « créas » des agences de « com », se réunissant de tôt matin, vers 11h53, pour trouver des nouveaux « placements ».

– Bon, les mecs, le boss nous a demandé ce matin de trouver des nouveaux placements.

– Des nouveaux quoi ?

– Ben des placements, c’est des emplacements, des espaces vierges de pub, quoi.

– Sérieux, tu peux pas parler avec des mots normaux ?

– Ta gueule. Et puis change pas de sujet. Bon, les gars : brainstorm ! Je vais écrire toutes vos idées sur le tableau blanc. Allez c’est parti… des placements, balancez moi des placements… Pensez à tous les endroits du monde sans pub… Alors, vous la voyez où la pub pour notre prochain client ?

– Dans ton cul ?

– Marrant, il me semblait t’avoir demandé de fermer ta grosse gueule… Bon, les autres, sinon ? On arrive à faire payer des cons pour devenir homme sandwichs en portant des t-shirts avec écrit Nike ou Adidas dessus (et en plus ils coûtent plus chers, les t-shirts), on doit bien pouvoir trouver une idée de ce calibre, merde !

Et c’est à ce moment, après un brainstorm intensif et soutenu de 12 minutes, que le directeur des comptes croisés et des relations bilatérales créatives (comprenez : le stagiaire) déboule à 12h05 dans la salle de réu, les bras bardés de sandwichs pour les créas.

Dans les yeux de l’un de ces derniers, une étincelle se fait voir.

Il se saisit d’un sandwich, le sort de son papier, le balance à travers la pièce devant le regard médusé du directeur des comptes croisés et des relations bilatérales créatives qui n’a pas les moyens, son stage étant rémunéré 87 Euros net par mois, de se payer un sandwich le midi, pour ne garder que l’emballage papier, blanc, vierge, immaculé, et le tenir à bout de bras en l’air devant lui, en criant « placement !!! placement !!! placement !!! », tandis que ses collègues « créas » se mettent à genoux devant lui pour se prosterner en silence, soudainement inspirés par le nouveau champion de la réunion.

Eurêka ! Facile…

Mon boulanger ne vend pas assez de baguettes

Et donc, de la même manière que l’on a vu les pubs apparaître sur les tickets de caisse des supermarchés (je le redis plus fort pour bien que vous réalisiez l’absurdité de la chose : les TICKETS DE CAISSE DES SUPERMARCHES), j’ai vu mon boulanger remplacer ses habituels sacs en papier, labellisés au nom de son enseigne, par d’autres, qui me proposent de partir à New York pour la modique somme de 399 € TTC avec un astérisque quand même juste derrière le prix parce que sinon ce serait trop facile.

Grâce à la pub j’ai une baguette XL américaine c’est ça ? Waouh…

Je ne vais pas m’étendre sur le ciblage de cette campagne de marketing (combien d’acheteurs de baguettes de mon quartier iront à New York dans les cinq ans à venir ? Vu que le taux de conversion est impossible à mesurer, les « créas » peuvent dormir sur leurs deux oreilles…), je souhaite plutôt attirer votre attention sur l’aspect persécuteur, voire coercitif de cette publicité.

Que l’on m’impose de la publicité sur un contenu (site, journal) gratuit, passe encore, mais que l’on me poursuive sur des produits que j’achète, et sans même l’argument, certes fallacieux, que cela me permet de l’obtenir moins cher, c’est tout bonnement intolérable, misérable, infernal et scandaleux !

Mon serrurier fait des extras pour la Croix Rouge

Mon second exemple est probablement pire. Tout le monde reçoit régulièrement dans sa boite aux lettres des cartes comprenant des numéros de téléphone dits « utiles ». Ces cartes mélangent des numéros « officiels », comme la police ou les pompiers, avec d’autres à vocation totalement commerciales (ici, un serrurier, un électricien, etc.) :

Chic ! Une carte gratuite avec plein d’informations utiles !

L’infamie commence lorsque vous retournez la carte, et que vous lisez l’injonction ignoble vous encourageant à la conserver :

Chaque serrure réparée c’est une vie sauvée c’est ça ? Allez, je peux faire un effort…

Donc soit vous êtes une personne bien intentionnée, soucieuse de son prochain, se battant pour un monde meilleur, et vous gardez la carte (et éventuellement, à l’occasion, vous aurez besoin d’un serrurier/plombier/chauffagiste/vitrier, et cette carte tombera à point nommé). Soit vous êtes un salaud fini et vous jetez la carte (boooouuuuuuuhhhh c’est pas bien).

Cette prise en otage dégueulasse, qui n’est pas sans rappeler les vidéos de campagne présidentielle aux États-Unis utilisant les enfants comme monnaie d’échange pour des intentions de vote, me donne tout simplement envie de casser la gueule du pauvre bougre payé une misère pour blinder ma boite aux lettres de contenu aussi utile qu’un avocat à un Président de la République. Le pauvre, je sais bien qu’il n’y est pour rien. Mais que voulez-vous, on se défoule comme on peut.

Donc si dans les prochains jours vous vous baladez avec quelques prospectus commerciaux sous le bras, faîtes gaffe de pas me croiser, car il vous en cuirait (comme quoi, lire cet article vous aura sauvé la vie…).

Merci à Ciccio, dont je vous recommande au passage l’excellent blog musical: http://lesousmarinjaune.com (quoi ? qui a parlé de publicité non sollicitée et coercitive ?) – Fangio

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Responses

  1. Mon bon Ciccio je partage complètement ton avis sur le sujet (je me souviens avoir été choqué par la présence d’une publicité sur la barre de protection d’un télésiège), et ton article m’a donc beaucoup fait rire…


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