Publié par : toniolito | 10 mai 2010

Greenberg : Going to California

On nous ment. La neige a tenu des semaines sur le plateau de Saclay. La grêle m’a volé le Grand Canyon. Vegas sombrait banalement sous une pluie mesquine et mal intentionnée. A Paris, il fait 4 degrés au mois de mai. 2010 est une absurdité météorologique. Tous les matins, quand j’ouvre mes rideaux pour endurer un nouveau viol climatologique et que le syndrome dit « du supporter du PSG » est tout près, je n’ai pour me consoler que les mots de Mike Skinner, le génial petit cockney de The Streets « I wanna go to heaven for the weather ».

Heureusement pour les impatients, il y a la Californie. Et c’est Albert Hammond qui l’a dit, It never rains in Southern California. Les parrains de la scène musicale new yorkaise des années 2000 l’ont bien compris : l’an dernier ce sont rien moins que Julian Casablancas, David Sitek et James Murphy qui ont quitté Manhattan et Brooklyn pour les collines et les autoroutes de la fascinante Los Angeles.

Greenberg, le dernier film de Noah Baumbach, avec  le génial Ben Stiller et la rafraîchissante Greta Gerwig
Greenberg, le dernier film de Noah Baumbach, avec le génial Ben Stiller et la très rafraîchissante Greta Gerwig

Dans Greenberg, le dernier film de Noah Baumbach, scénariste attitré de Wes Anderson, Roger Greenberg débarque dans la cité des anges en provenance de New York pour garder la maison et le chien de son frère qui s’en va monter un hôtel au Viet-Nâm. Roger sort tout juste de l’hôpital psychiatrique et a décidé de se remettre de sa dépression en « ne faisant rien », à part écrire des lettres dénonçant tout ce qui ne tourne pas rond dans ce monde de tarés, des sièges qui ne s’inclinent pas dans les avions d’American Airlines à la politique américaine au Pakistan. Personnellement, je lui aurais bien suggéré d’écrire au mec chargé de faire chauffer le soleil quand c’est le mois de mai. Mais Roger Greenberg, campé par un Ben Stiller méconnaissable, décharné et épuisé, m’a semblé bien trop paumé pour convaincre Hélios de ramener sa bouille dorée par chez nous. La quarantaine passée, il est menuisier, par défaut. En vrai, Roger est un musicien. Quand il était gamin, dans les années 80 à Los Angeles, il écoutait Duran Duran et Galaxie 500. Le groupe dont il était le leader allait être signé par un label quand il a tout lâché et s’est taillé à New York. Quinze, vingt ans ont passé, et la vie de Roger est un champ de ruines. Le voilà à errer dans la maison de son businessman de frère, parmi les fantômes d’un passé jamais transcendé (les autres membres du groupe, son ex de l’époque…) tous occupés à divorcer et à se fignoler le citron façon Don Draper pendant les fêtes d’anniversaire de leurs enfants, jusqu’à ce que ceux ci soient assez adolescents pour organiser leurs propres teufs californiennes à grand renfort de cocaïne et de musique qui désespère Roger autant que son premier rail depuis quinze ans le déchaîne.

California knows how to party
California knows how to party

Roger rencontre alors Florence, la « gouvernante » de son frère. Elle tend vers la trentaine, est presque aussi paumée que Roger, chante à des open-mic dans des salles vides, enchaîne les rencontres d’une nuit dans les bars de Santa Monica et Venice et passe son temps sur les quatre voies angelines pour faire les courses du frère de Roger.

Greta Gerwig, Rhys Ifans et Ben Stiller à la table de madame nostalgie
Greta Gerwig, Rhys Ifans et Ben Stiller à la table de madame nostalgie

Le film se construit autour de cette rencontre et des aléas inhérents à une relation entre deux adultes déglinguées. Toutefois, ce scénario peu original n’est que le prétexte à un dessein bien plus ambitieux : dépeindre la dure LA, ce cimetière des illusions, fossoyeuse des rêves de tant de générations désabusées. Roger est de celle qui a grandi dans la folie des années 80 et que Bret Easton Ellis et Jay McInerney ont si bien croquée. Dès le premier plan, la caméra de Noah Baumbach capture l’immensité de Los Angeles, perdue dans le smog. Puis l’on suit Florence dans l’enfer autoroutier, parlant à la voiture qu’elle voit venir dans son rétroviseur. Plus le film avance et plus l’on comprend Tourist, qui clôt le dernier album d’un Julian Casablancas fraîchement débarqué à LA « Feel like a tourist in the big city/Soon I’ll simply evaporate. Feel like a tourist lost in the suburbs/Soon our whole world will be urban sprawl ». Roger ne conduit pas, s’interroge sur l’équivalent à LA de ses “bridge and tunnels” new yorkais, ne comprend pas l’espagnol des chicanos et saisit les contradictions de la génération 2.0 dans la meilleure scène du film, pendant une soirée que clôturera la Melody de monsieur Serge, « Vous les jeunes, vous baisez tous sur internet non ? Vous avez toute votre vie sur MySpace, Youtube et Facebook. […] Mais en fait votre truc, c’est le blindage. Vous êtes durs. Vous contrôlez tout. Vous ne communiquez pas. Vous vous blindez. »


LA à pied, s'il vous plaît!
LA à pied, s’il vous plaît!

La superbe bande originale du film est signée par le très grand James Murphy, M. LCD Soundsystem, et ce n’est pas un hasard si la bande annonce est illuminée par All my friends, l’hymne ultime des soirées américaines que la drogue prolonge jusqu’à l’épuisement physique et psychique de ces beautiful people désenchantés, des villas d’Hollywood aux lofts de Williamsburg.

Greenberg est un grand film générationnel et réussit le coup de virtuose de vous redonner confiance en l’homme malgré sa galerie de névrosés d’anthologie. Pourvu que Bret Easton Ellis nous ait mijoté un Imperial Bedrooms de cet acabit!

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Responses

  1. Je n’ai pas vu le film mais j’ai peur qu’il me file un cafard digne de celui qui s’est emparé de moi à la relecture récente de Moins que Zéro de ce sale misanthrope génial de Bret Easton Ellis …
    « People are afraid to merge on freeways in Los Angeles »… « People are afraid to merge »… Bouh, ça me fait froid dans le dos.
    Sinon la BO a l’air délirante ! Duran Duran, Sonics, Gainsbourg, LCD Soundsystem ? De la boulette. Elle est sur Spotify : spotify:album:4irniQsUBvpDR25y5fyjdK


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