Publié par : mameh | 3 mai 2010

Twisted Minds, Mindtwisters, chap.1

Bon, Il est très tard mais c’est dimanche soir donc je ne dormirai pas, évidemment. Qui plus est, je viens de trouver le sujet de ce qui sera le premier article féminin de ce blog (TATADAAAAA). Je viens de le trouver, et pourtant, cela fait maintenant quelques mois que le sujet revient à mon esprit, si créatif en matière d’associations bizarres. Vous allez comprendre, en tout cas je ferai tout mon possible pour.

Alors voilà, je sais pas vous mais moi, souvent, je relie des choses entre elles. Parfois les associations sont évidentes (vous connaissez tous le coup du marteau rouge), parfois beaucoup, mais alors beaucoup moins. Dans ma tête, je crée des codes, j’invente des correspondances. En bref, je suis obsédée par la pensée sy-sté-ma-tique, les argumentations qui par des associations d’idées tordues arrivent à des conclusions qui apparaissent miraculeusement évidentes. Moi, honnêtement, à chaque fois ça m’émeut.

BREF. Tout ça pour amener le sujet qui m’occupe aujourd’hui, mais depuis un petit moment. Pas sûre que vous ayiez déjà entendu son nom, au Marco. Marco Decorpeliada est un fou, un vrai. Un complètement inconnu, aussi. Un fou du genre génial, un fou qui assume une dérive à laquelle nous sommes nombreux à ne pas oser succomber. Marco abuse, a priori, des correspondances. Mais avec une rigueur….mazette ! que je l’envie.

Flashback. Marco est né en 1947. On s’en fout, mais, par respect pour son travail et son esprit, nous allons le traiter avec toute la rigueur qu’il mérite. La maman de Marco, sainte femme, meurt en 1995. Marco est bouleversé. Après avoir traîné ses hésitations sur les cinq continents, Marco rentre au pays, et se rend à l’évidence: ça va pas fort dans sa tête. Alors il fait quoi, Marco ? Il fait comme tout le monde quand ça va pas, me demandez pas pourquoi, mais il va chez le psy. Pendant onze ans, on va lui diagnostiquer tout et son contraire. Evidemment, ça ne va pas l’aider, plus ça va moins ça va, il est encore plus paumé et il vit les différentes appellations des névroses dont on l’accable comme un réel emprisonnement, une sorte de piège qu’il va inlassablement tenter de déjouer. Et c’est là que tout se complique. Enfin, surtout, c’est là qu’il trouve un moyen complètement bargingue de se sortir de ces cages aux noms savants: il va traduire ces code-barres de la folie pathologique en code-barres de la folie commerçante: et la lumière fut.

Je ne sais pas si vous voyez où je veux en venir, mais vraiment, vraiment, ce qui suit est digne des plus belles révélations foutraques qu’on a pu connaître en la matière. Le mec, là, Marco, il en a marre, il en peut plus qu’on lui dise « Marco, tu es ci », « Marco, tu es ça »…Marco il aimerait comprendre ce que ça veut dire, trouver un sens aux névroses qui n’en finissent plus de défiler dans ses oreilles (qu’il n’a pas coupées, ça, on lui enlèvera pas). Alors Marco se plonge dans le DSM-IV (attention moment technique). Le DSM-IV est le catalogue qui classifie toutes les maladies mentales qu’un psy peut vous diagnostiquer. Chaque maladie a un code. Par exemple, au pif, 63.1, ça correspond à la pyromanie. Voilà, bon, vous avez compris, quoi.

Sauf que pour Marco, pris comme ça, un code ça n’a aucun sens. Et Marco de chercher un sens à sa folie (vous voyez le problème ?). Marco, comme beaucoup d’entre nous, à moitié fortunés, aux trois-quarts désargentés, fait ses courses chez Picard. Il a beau être fou, il aime manger bon et pas pénible, qui pourrait lui en vouloir ? Et là, notre Marco a un éclair de génie: il remarque que dans le catalogue des produits Picard, 63.1, ça correspond à cette barquette de poulet-curry qu’il s’envoie une fois par semaine, le mercredi, le lendemain du mardi, où invariablement, il mange ses carottes en bâtonnets. Alors Marco vérifie, et il trouve que ces carottes sont désignées par le code 42.0. Il cherche dans le DSM, et BIM! bâtonnets de carottes = Trouble Obsessionnel Compulsif ! Au-delà du fait que l’association, à mon sens, marche bien, l’idée est tout bonnement géniale. Dans des lettres merveilleuses de naïveté et de gentillesse (Marco n’est pas, ni ne prétend être, un artiste, et Marco a beau être un peu allumé, il n’oublie jamais, jamais, ses bonnes manières), qu’il envoie à son psy, régulièrement, il informe le brave homme de ses avancées et de ses découvertes: un exhibitionniste mangerait-il plus de crumble aux pommes qu’un fétichiste, qui lui préfèrera des poireaux à la crème? Marco répertorie sur d’immenses plaques noires et blanches toutes les maladies mentales et les mets précieux qui leur sont associés.

un truc comme ça, ça a vite fait de vous donner le vertige

Marco ne s’arrête pas là, et sa folie de classification, encouragée par son psy qui y voit une canalisation intéressante de la folie par la méthode, se porte sur tous les types de listes possibles et inimaginables: il cherche à associer à la classification DSM (mais si, rappelez-vous) la codification Dewey (celle que maîtrisent si bien les documentalistes, espèce étrange qui ne manque jamais une occasion de vous faire remarquer que les livres sont « classés » selon un ordre bien précis, »m’enfin c’est pourtant pas compliqué ! »); il cherche des correspondances à ses maladies dans les cantates de Bach, dans les contes des 1001 nuits; partout où il y a une liste, il y a un sens.

Tout ce travail, toute cette recherche, tout ça se fait avec un humour jouissif, exhilarant, que l’exposition de la Maison Rouge respecte entièrement. Ceux qui aiment mettre les gens qui mettent des choses dans des cases dans des cases diront peut-être même que Marco confine au surréalisme. Un gars qui décide de rapprocher comme ça, arbitrairement, deux trucs aussi éloignés l’un de l’autre qu’un plat et une maladie, et qui décide que cette association, établie selon une méthode rigoureusement absurde, leur confère un sens bien précis, oui, c’est un peu surréaliste. Mais c’est tellement fort, et ça dit tellement de choses de nos esprits malades !

De une, ça veut dire que les chiffres, qui indiscutablement, gouvernent tout, peuvent dire tout et n’importe quoi. Je veux dire, le bonhomme, Dewey, qui a décreté que les bouquins sur la religion seraient classés à la cote 200, jamais il a pu penser que, en cherchant la maladie 200 dans le DSM-IV (allez, encore un effort), on tomberait sur la schyzophrénie ! Et pourtant, pourtant, on a envie d’y croire. A cause du code. Le code, cest fascinant, même pour ceux qui n’y comprennent rien. Le code, c’est le niveau 0 du sens, mais ça marche à tous les coups.

De deux, c’est un peu triste. Parce que Marco, jusqu’à sa mort, en 2006, partout dans sa vie, il a essayé, avec ce qu’il avait à disposition comme dictionnaire, de donner un sens à sa folie. Alors l’expo est drôle, mais elle déprime un peu, aussi. Honnêtement, quand on voit l’austérité, même graphique, de son travail, on se dit qu’il a pas du rigoler tous les jours, à chercher désespérément à décoder sa folie. Il en est mort, même.

Ce que je ne vous ai pas dit, entre autres, c’est que Marco a trouvé des cases vides dans ses classifications. Ces cases vides, ces maladies qui ne correspondaient à rien, rien d’humain, il les a vécues comme des trahisons, comme des mensonges. Des maladies incompréhensibles, qui, techniquement, ne devraient pas exister: dans cette catégorie de maladies humainement intraduisibles, on retrouve, pêle-mêle, la pédophilie, le masochisme-sadisme sexuel. Tout ça, c’est pas dans le code, ça ne devrait pas exister.

Méditez là-dessus, mais pas trop longtemps. Eteignez vite l’ordinateur et filez à la Maison Rouge (10, boulevard de la Bastille), avant le 16 mai (je sais, j’aurais du vous le dire avant), parce que non seulement vous y verrez, pour 5 euros (soit une malheureuse pinte), une collection supa-flabbalicious de vinyles bizzaroïdes que vous pourrez écouter à la fin de votre visite, mais si vous y allez à des horaires bien précis, vous aurez droit aux explications bien plus pro des 5 bonzes qui ont monté l’expo sur Marco, et vous ne serez pas déçus ! Prévoyez large sur la plage horaire, sans quoi vous risquez d’être atteint d’anxiété séparatrice, auquel cas vous n’aurez plus d’autre solution que devous envoyer une bonne terrine de saumon par qui? Par Picard !

Vous êtes atteint d'une surgelite aigüe...

Chouette, demain c’est lundi !

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Responses

  1. J’avais jeté un très rapide coup d’œil à ce truc, repu de vinyles absurdes que j’étais. Tout ça me donne envie d’y retourner!
    Religion-schizophrénie: ça ne s’invente pas 🙂

  2. Huge, mameh !

    Je savais bien que t’avais un problème de « vertiges de la liste » – m’voyez.

  3. Quel chouette article ! Je regrette d’autant plus de n’avoir pas succombé à mes velléités d’aller voir les 33 tours bizarroides avant mon départ, goddamn it !
    PS: une chose pour laquelle je dois te blamer, c’est que tu m’as fait, de maniere fulgurante, en cours de lecture, penser à l’AVORTON, et son immonde crotte de nez / grain de beauté = crotte de beauté, et ça c’est tres vilain de ta part…


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