Publié par : misterhorse | 4 avril 2010

On Chesil Beach

La plage de Chesil est une plage de galets, dans le Dorset. Sans sable fin, sans soleil, et donc privée de douchebags et autres guidos à la peau couleur carotte. Tant mieux, des drames peuvent encore s’y jouer. Celui-ci, emmené par la plume discrète et effacé de Ian McEwan, est superbe.

Au début des années 60, deux jeunes gens amoureux décident de se marier. Pour tous les deux, encore vierges, la nuit de noce, dans un hôtel en bord de plage, s’annonce à la fois terrifiante est merveilleuse. Entre l’envie et l’impatience d’un coté, et la peur et la pression d’un moment aussi solennel de l’autre, on lit d’une traite le déroulement de cette soirée magique et terrifiante.

Difficile de se préparer à une nuit de noces. L’enchantement peut tourner au cauchemar. Et comment en parler, comment se rassurer avec des mots, dans l’Angleterre du début des années 60, entre deux jeunes gens de bonnes familles ? Pas le droit à l’erreur, donc.

De Ian McEwan, je ne connaissais rien. Gentleman britannique extrêmement classe, dont la bio wiki révèle qu’il est très connu dans sa mère patrie, et qu’il a été récompensé de nombreux prix littéraires pendant toute sa carrière. Visiblement fasciné par les crimes et les perversions sexuelles dans ses premiers romans, il semble quelque peu assagi dans ce dernier roman. J’ai pris le livre par hasard dans une librairie, une couverture et un titre qui jouent la carte de la mélancolie, il n’en fallait pas plus pour me convaincre. Je n’ai pas été déçu.

Ian McEwan

Mêlées au récit de la nuit de noce, les vies de Florence et Edward, et tous les incidents qui ont mené à leur rencontre, sont dévoilés dans leur simplicité brute. On a parfois l’impression de lire Tristan et Yseut – les passages érotiques risquent de décevoir les habitués de SAS – mais les autres apprécieront la douce poésie de ces après-midi chastes passés à se regarder dans les yeux au bord d’un étang, perdus au beau milieu de la campagne anglaise.

La nuit de noce leur apparaissait à tous les deux comme un moment merveilleux qui se déroule toujours sans anicroche. Dans les heures qui la précèdent et qui les en rapproche, l’euphorie fait place à la peur. Peur de quoi, au juste, on ne sait pas trop, sans doute de l’inconnu. Le repas de noce se déroule en silence, la complicité qui les unissait s’envole, chacun se retranche dans ses pensées, et on fait mine d’écouter la radio. Les deux jeunes gens se retrouvent seuls, et tant de choses pèsent sur leurs épaules fragiles. A quoi se rapprocher quand on plonge vers l’inconnu ? Vont-ils réussir à affronter ce moment ensemble ?

Le livre est un portrait touchant d’une génération qui tentait déjà de s’affranchir des codes pesants de la société bourgeoise britannique, mais qui échoua lamentablement, et se précipita dans le mariage pour enfin faire partie de ce monde des adultes, des gens libres. Curieuse ironie qui fait choisir le mariage pour se libérer, alors que moins de 4 ans plus tard, l’amour libre, les hippies, et les fleurs dans les cheveux renverseraient en peu de temps cette société archaïque.

On lit avec plaisir ce roman d’amour d’une autre époque. L’écriture de McEwan, pleine d’indulgence et de tendresse pour ces deux être naïfs et prisonniers de leur époque, coule calmement, et on a l’impression de contempler un léger ruisseau déambuler dans un jardin anglais, par une chaude journée de septembre.

6 euros, 170 pages, 2h pour le lire. Alors décrochez deux secondes de votre télé ou de votre ordi, laissez passer un épisode de Moundir l’Aventurier de l’amour, ou sautez 6 épisodes de The Big Bang Theory – de toute façon c’est à chier – et asseyez-vous avec un livre. Imaginez-que vous êtes sur la plage.

Ian McEwan, Sur la plage de Chesil

Folio

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Responses

  1. ça a l’air bien, mais comparer ça a moundir…tu prends des risques mon petit…

  2. If only I had a penny for each time I came to dupainduvindescopains.com! Great post.


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